
Encore inconnues mais vraisemblablement promises à un bel avenir, Patricia Clément et Martine Thinières interprètent des violoncellistes au mental agité, dont les tenues insensées et la gaucherie feinte mettent en joie. Prenant à contre-pied l’apologie de la réussite, leur spectacle est une suite de sketches pétillants dans lequels elles se montrent ferventes adeptes du ratage, qui, provoqué par elles, devient source de rire et de poésie. Amoureuses des compositeurs classiques, elles ont toutes les peines du monde à se montrer à la hauteur des oeuvres qu’elles veulent interpréter. Sorte de petites filles de Raymond Devos, elles tiennent comme lui des propos d’une succulente absurdité. Un régal.
Joshka Schidlow
Elles portent les couleurs de leurs prénoms : Rose et Blanche. Deux violoncellistes à la conquête du public censées lui faire découvrir l’oeuvre d’un musicien méconnu : Joseph Reinagle entre autres compositeurs. Jouant à être mauvaises - mais pour cela il faut être drôlement bonnes, et elles le sont - , elles rendent hommage, à leur façon, aux artistes ignorés, aux poètes des placards et aux ratés, avec une candeur qui n’a d’égale que leur foi en l’art. A l’opposé des stars Spontex, elles creusent leur sillon et font entendre, à leur rythme, leur petite musique. Décalée et insolite.
Annie Chenieux
Riez aux éclats avec les mauvaises
L'EXCELLENT duo comique des « Mauvaises » offre un vrai moment de plaisir, tout l'été, au Théâtre du Lucernaire. Sur scène : deux violoncelles, deux chaises et deux pupitres. Rose, mise comme un bonbon acidulé à la fraise, entre d'un pas assuré. Blanche, princesse virginale à l'air de chien battu, transpire le souffre-douleur, se débat avec sa crinoline et les oreillettes d'une coiffe faite pour le Grand Nord. Le concert peut commencer. Ambitieux. Au programme, la traversée de six siècles du répertoire classique : univers sonore fait d'extraits inouïs et de quelques couacs retentissants. Animées d'une volonté pédagogique admirablement feinte, les deux comédiennes ponctuent cet enchaînement musical fantaisiste de « mauvaises » explications citant pêle-mêle Bourdieu, Proust, Nietzsche ou Michel Platini.
Un régal : les occasions de rire de si bon coeur sont rares.
Marie-Emmanuelle Galfré
Patricia Clément et Martine Thinières portent bien mal le nom de Mauvaises. Oubliez le noir bien sage des concerts de chambre, place à Rose et Blanche, violoncellistes de choc. La première, nerveuse et pétulante, pétarade dans sa tenue kitsch rose bonbon. La seconde, effacée, avec une petite voix frêle et perruque de mouton sur la tête arbore une longue robe à volants style princesse du XVIIIe siècle... En découvrant l’excentrique tableau, on s’attend à tout. Et on est pas déçus! Sur une partition à plusieurs portées, en décadence mineure, nos duettistes à moitié clowns, se lancent dans une rétrospective ubuesque de six siècles de musique classique. Un moment de pure drôlerie, qui narre l’histoire du “vécu” de la musique, sans se soucier de sa logique et encore moins de chronologie. Là, on apprend que tout commence avec un dénommé Joseph Raynal, originaire du Lavandou et ancien charcutier. Un compositeur de haut rang que les fins musicologues regretteront de ne pas connaître. Ensuite on découvre qu’à partir de son oeuvre, l’histoire “officielle” peut s’embobiner à loisir. Et de Beethoven sauter “naturellement” à Bach, pour filer vers Mozart et le “yin” de Chopin, avan d’aboutir à la musique de Boulez, aux maximes d’Yvette Horner ou de Michel Platini.... Devant un tel programme, ma foi, on est tout décontenancé. Est-ce un delirium tremens ou une compil’ de vraies anecdotes de mélomanes ? dans l’un ou l’autre cas, l’enseignement vaut vraiment le détour. Parce qu’il est dispensé par deux femmes totalement barrées, irrésistibles dans leur rôles et de surcroît excellentes musiciennes. Et parce que cet opus musical, tout en ellipses, “Da Capo” et autre contretemps théâtral, est un divertissement d’une finesse et d’un humour absolument réjouissants.
Lise de Rocquigny
PESTES MUSICALES
L’une est longiligne, toute de rose vêtue, perchée sur de hauts talons : c’est Rose. Son inséparable acolyte a mis, quant à elle, sa belle robe blanche de marquise et coiffé une chapka de fourrure blanche pour cause d’oreillons récurrents : c’est Blanche. Autoproclamées “les Mauvaises”, elles ont toutes deux une passion commune, le violoncelle, qu’elles n’ont de cesse, pendant plus d’une heure, en grandes musiciennes internationales qu’elles prétendent être, de faire entendre à leur auditoire ébahi. Car voici des clowns sans nez rouge qui ont toutes les audaces, notamment celle d’émailler le spectacle de désopilants et poétiques ratages : archet oublié, voire cassé, moceaux massacrés et crise de nerfs inopinée ! Revisitant à leur manière, six siècles de musique en truffant leur délirant récital d’anecdotes bidon et de citations savoureuses, mias surtout en interprétant du mieux qu’elles le peuvent, des pièces pour deux violoncelles signées Bach, Beethoven ou Bartok, elles se targuent même de nous faire découvrir un certain Joseph Reinagle, musicien-charcutier né au XVIIè siècle ! Un tandem désolipant qui fait rimer violoncelles avec étincelles !
Gilles Avisse
PETITS JOYAUX DE FIN DE SAISON
Le champ de l'art est dit-on le domaine de l'insaisissable. Ce que confirme Patricia Clément et Martine Thinières qui dans Les Mauvaises interprètent avec une vertigineuse science du comique deux musiciennes si soucieuses de bien faire qu'elles loupent toutes leur tentatives de se lancer à l'assaut d'une oeuvre classique. A une époque qui prône la culture de la réussite, ce portrait bouillonnant de trouvailles de deux gaffeuses patentées aux tenues démentes, a la senteur d'un bol d'air frais. Chaleureusement applaudies lors d'un passage éclair au Théâtre du Chaudron, les deux énergumènes font à présent les beaux soirs ou plutôt débuts de soirée du Lucernaire.
Joshka Schidlow
AU BONHEUR DES GAMMES !
Le titre peut inspirer de légitimes inquiétudes. Divine surprise : c’est le meilleur qui nous attend !
Cette “fantaisie théâtrale, musicale et charcutière” (sic) s’affirme savoureuse dès l’embarquement. Et son charme perdure bien au-delà du retour à quai. Le pari n’était pourtant pas gagné : que penser de ces deux drôlesses bizarres ? Vêtues de tenues improbables (un look de Barbie rose bonbon d’un côté, une sorte de sainte blanche de l’autre), nos drôles de dames nous proposent une traversée de six siècles dans l’histoire de la musique, condensés en moins de 1h15 !
Avec des physiques aussi atypiques que leur humour, ces deux agitées du bocal sont animées d’une même certitude : après leur démonstration, on n’envisagera plus jamais la musique de la même oreille ! Pas faux : dès les premières blagues caracolantes, on comprend que si la musique adoucit les moeurs, elle déclenche aussi de savoureux désordres. Elles s’autorisent donc de fréquents détours du côté de la fantaisie, dézinguent la syntaxe, la logique, la raison raisonnante, en se foutant royalement de la vraisemblance.
Ca démarre pianissimo mais ça évolue crescendo avec une sonate pour deux violoncelles (numéro 37, opus 38 en fa majeur s’il vous plaît) pour un hommage à Joseph Reinagle, grand compositeur méconnu et pour cause ! S’ensuivent Les Quatre Salaisons, l’Après-midi d’un phoque, le tout ponctué de commentaires inénarrables sur la résilience et, ô luxe suprême, un aphorisme de Platini ! Orfèvres en petits ratages drôlatiques, Patricia Clément et Martine Thinières tiennent la note jusqu’au bout et nous, on pouffe à chaque fois. Humour pince-sans-rire et absurde poétique gouvernent ce petit spectacle dans la lignée de Devos. On vous le répète, tout est bon chez ces “mauvaises” !
Myriem Hajoui
Deux violoncellistes, un propos décalé… Vous pensez assister à un spectacle qui ressemble au Quatuor ou à La framboise frivole ? Oubliez ces références. La bonne nouvelle des Mauvaises, c’est de nous entraîner dans une ronde absurde, où l’humour « non sens » est roi et fait des merveilles. En effet, sous prétexte de nous faire visiter l’œuvre du premier grand compositeur ( mais aussi charcutier tourmenté) Joseph Reinagle les deux musiciennes nous offrent un voyage dans un univers où se côtoient des citations de Cioran, Yvette Horner, Nietsche et Michel Platini… Déconcertant, encore heureux ! Voilà un spectacle pour le moins original. On en reprend volontiers une tranche !
Rémy Batteault
L’une est en robe rose fuchsia, strass et paillettes. Sa compagne, tout aussi kitsch, porte une chapka en poil synthétique blanc et une robe en dentelle. L’une est exubérante, la voix chaleureuse et pleine d’assurance, sa consoeur a le teint blafard et l’air hébété. Elles sont violoncellistes et nous commentent la musique classique avec un humour débridé, alliant le comique de situation à la parodie de l’érudition. L’une est sotte, emberlificotée dans ses incohérences et ses balbutiements régressifs. L’autre conserve un calme olympien, illuminé, zen. Ces deux originales interprètent des extraits de musique tirés d’un répertoire remanié pour l’occasion. Les mines inspirées de l’une contrastent avec les regards inquiets de l’autre. Ce couple est un stéréotype de la condition féminine contemporaine, qui va de la plus pathétique fragilité à l’enthousiasme le plus extravagant. Le jeu renvoie à la culture bio, bobo ou snob mais aussi à son pendant grotesque, l’envers du décor des tendances rose bonbon. La gaucherie de la blanche ingénue tend un miroir symbolique à la société qui pétille d’informations toujours plus pointues. Les poses sont convaincantes et le sérieux fraye avec l’absurde. La plaisanterie est si bien menée qu’on s’y tromperait, par moments ! Entre intellectualisme et fantaisie new age, il y a un monde sans queue ni tête, qui tempère la caricature. On sourit et on rit. On sort adouci par la musique, qui ponctue cette comédie de moeurs, allégée du poids de la critique.
Mathilde Saudubra
Patricia Clément et Martine Thinières forment ce qu’elles nomment un duo de
violoncellistes mal tempérées. A défaut de savoir bien manier l’archet, les comédiennes déroulent une panoplie de sketches à travers lesquels sont retracés six siècles de musique. Brillant exercice.
"Les Mauvaises" donne à deux musiciennes accomplies, deux violoncellistes virtuoses et caustiques, l’occasion de traverser quelques siècles musicaux tout en faisant leur fête à Nietsche, Yvette Horner et autres grands penseurs dans un spectacle absurde et poétique aussi décalé que séduisant.
Didier Roth-Bettoni
BONNES NOTES POUR LES PIEUX
"Les Mauvaises" séduisantesVendredi 17 novembre, après l'inauguration officielle de l'école de musique, les portes se sont ouvertes au public pour un spectacle inaugural intitulé "Les Mauvaises".
Sur scène deux artistes parisiennes Patricia Clément et Martine Thinières alias Blanche et Rose vont revisiter pendant plus d'une heure six siècles de création musicale. S'accompagnant au violoncelle, elles font découvrir la vie et l'œuvre de Joseph Reinagle, musicien charcutier génial précurseur de la musique répétitive. Entrecoupant leur exposé de morceaux musicaux arrachés à leurs instruments, les deux artistes ont donné leur version de l'histoire de la musique s'appuyant sur des textes de grands philosophes. A la fin du spectacle le public a rappelé plusieurs fois les artistes. Ce fut un spectacle de qualité déjà reconnu par la critique nationale.